RDC : une thèse met en lumière les limites de la lutte contre l’exploitation et les abus sexuels dans l’humanitaire

Par Frédéric TSHIDILE

En dépit des politiques de « tolérance zéro » adoptées par les organisations humanitaires, les cas d’exploitation et d’abus sexuels continuent de susciter de graves préoccupations en République démocratique du Congo.

C’est l’un des principaux enseignements d’une thèse de doctorat soutenue le 19 avril 2026 à la Bircham International University par l’avocat congolais Bertrand Kabembela.

Consacrée à la gestion des allégations d’exploitation et d’abus sexuels (EAS) dans le secteur humanitaire en RDC, cette recherche en droit international des droits de l’homme repose sur une approche qualitative combinant analyse documentaire, études des normes internationales et enquêtes de terrain.

Selon l’étude, un fossé persiste entre les engagements publics des organisations humanitaires et leur mise en œuvre effective sur le terrain. La politique de « tolérance zéro », largement mise en avant dans les communications institutionnelles, demeure confrontée à des obstacles à la fois opérationnels et structurels.

La recherche met également en évidence une forte sous-déclaration des cas. Parmi les principaux facteurs identifiés figurent la peur des représailles, le manque de confiance dans la confidentialité des procédures ainsi que la dépendance des victimes à l’égard de l’aide humanitaire.

Autre conclusion de la thèse : les capacités d’enquête varient considérablement d’une organisation à l’autre. Certaines structures disposent de mécanismes relativement solides, tandis que d’autres souffrent de faiblesses liées à l’indépendance des enquêteurs, à la qualité des investigations ou encore au suivi des dossiers.

L’étude examine aussi les formations PSEA (Protection contre l’exploitation et les abus sexuels), désormais largement intégrées dans le secteur humanitaire.

Toutefois, selon l’auteur, ces formations restent souvent axées sur les exigences de conformité institutionnelle, avec un impact limité sur les pratiques professionnelles et les comportements sur le terrain.

La recherche aborde par ailleurs une question rarement évoquée dans les politiques humanitaires : le respect des droits des personnes mises en cause. Bertrand Kabembela estime que les principes de présomption d’innocence, du contradictoire, des droits de la défense et du droit de recours ne sont pas toujours pleinement garantis dans certaines procédures internes.

Face à ces constats, le chercheur recommande une professionnalisation accrue des dispositifs PSEA, notamment à travers le renforcement des standards de compétence des enquêteurs, des formations mieux adaptées aux réalités locales ainsi qu’une amélioration des mécanismes de suivi et de redevabilité institutionnelle.

Pour l’auteur, désormais docteur en droit (PhD), la crédibilité de la lutte contre l’exploitation et les abus sexuels dans le secteur humanitaire dépend non seulement de l’existence des normes, mais surtout de leur application équilibrée entre protection des victimes, respect des droits fondamentaux et responsabilité institutionnelle.

À l’heure où les organisations humanitaires sont appelées à renforcer leur transparence et leur crédibilité, cette recherche relance le débat sur une question sensible : comment garantir une protection efficace des victimes tout en assurant le respect des principes fondamentaux de justice et d’équité procédurale ?

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